Online Dating. La communication médiatisée entre amour romantique et rationalisation économique

Projet financé par le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique (2008-2011)
Kai Dröge, chercheur FNS, Olivier Voirol, maître assistant UNIL (requérant)

La rencontre en ligne (online dating) est devenue pour de nombreux groupes sociaux partie prenante des répertoires ordinaires de leurs modalités de recherche de partenaires. Par conséquent, cette question a éveillé un intérêt croissant, autant du côté du public que de celui du monde scientifique.
De manière générale, la présente recherche sur ce sujet peut-être divisée en deux grandes catégories. D’une part, elle analyse les formes spécifiques de l’intimité, de l’exposition de soi et des émotions qui émergent en ligne. L’internet apparaît ici comme un espace d’interactions « romantiques », y compris comme une sorte de « média néoromantique » qui réanime certaines vertus classiques de l’idéal culturel de l’amour dont on a pu dire qu’il s’est dissipé dans le monde des relations ordinaires. D’autre part, la recherche revient sur le corpus de travaux qui analysent la rencontre en ligne avant tout comme un nouveau moyen d’augmenter l’efficience et la rationalité de la formation du couple – travaux dans lesquels la théorie du choix rationnel et les concepts classiques issus de l’approche économique du marché marital sont particulièrement dominants.
Cependant, on voit mal comment ces logiques antagonistes – l’idéal de l’amour romantique, d’une part, et les principes de la performance et de la rationalité économique, d’autre part – sont liées dans les pratiques de la rencontre en ligne et comment les sujets gèrent les contradictions et les ambivalences qui peuvent apparaître. En abordant ces questions, ce projet vise à apporter une contribution nouvelle au débat sur les nouvelles formes de rencontre sur internet et les changements concomitants des modèles de formation de couple.
Une des raisons du déficit, dans les recherches que nous avons évoquées ci-dessus, tient au fait que la plupart des recherches actuelles se fient, soit à une analyse statistique des interactions en ligne, soit à des enquêtes d’opinion standardisées portant sur des attitudes générales à l’égard de la rencontre en ligne. En conséquence, nous ne savons pas grand-chose sur l’expérience et les pratiques de la rencontre en ligne ainsi que sur la manière dont elles s’imbriquent dans la vie quotidienne.
La présente recherche recourt à des méthodes qualitatives se focalisant précisément sur ces aspects. Tout d’abord, cela permet de pointer les problèmes pratiques et les contradictions qui apparaissent comme la résultante des logiques antagonistes esquissées ci-dessus. Ensuite, du point de vue plus général d’une sociologie de la communication médiatisée, cela permet de faire le jour sur les défis de la transition entre le monde en ligne et le monde ordinaire. Enfin, cette recherche peut être vue comme un apport intéressant au débat actuel sur la « marchandisation » des relations interpersonnelles dans notre société – un débat public et scientifique qui porte, à un niveau plus général, sur les relations entre l’amour et le marché, l’intimité et l’action stratégique, les émotions et la rationalité économique.